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Prélèvement à la source

Taux individualisé 2026 : ce qui change pour les couples mariés et pacsés

Par Paul Arrondeau · 15 mai 2026

Depuis le 1er septembre 2025, les règles du prélèvement à la source ont changé pour les couples mariés et pacsés soumis à imposition commune. Le taux individualisé, jusque-là optionnel, est devenu le mode par défaut, en application de l'article 19 de la loi de finances pour 2024. Cette réforme ne modifie pas le montant total de l'impôt dû par le foyer, mais elle change la façon dont il est prélevé chaque mois sur les fiches de paie de chacun des conjoints. Voici ce qu'il faut comprendre.

La réforme en bref — de taux foyer à taux individualisé par défaut

Avant la réforme, l'administration fiscale appliquait par défaut un taux unique au foyer, calculé sur l'ensemble des revenus du couple. Concrètement, le même pourcentage était prélevé sur le salaire de chaque conjoint, indépendamment du fait que l'un gagne plus que l'autre. Cette mécanique a longtemps été critiquée : dans un couple à revenus inégaux, le conjoint qui gagne le moins voyait sa fiche de paie « écrasée » par le taux du foyer, c'est-à-dire un taux tiré vers le haut par les revenus de son conjoint.

À compter de septembre 2025, c'est l'inverse. Le taux individualisé est devenu le mode par défaut pour les couples mariés et pacsés soumis à imposition commune. Chaque conjoint se voit appliquer un taux propre, calculé sur ses seuls revenus personnels, tout en préservant l'avantage du quotient familial du foyer. Le taux foyer subsiste mais sur option, c'est-à-dire qu'il faut désormais le demander explicitement si vous souhaitez le conserver. La réforme a été portée à la fois par l'administration fiscale et par les associations familiales comme un rééquilibrage entre les conjoints, en particulier au bénéfice des femmes, qui dans la majorité des couples touchent un salaire inférieur à celui de leur conjoint.

Important : cette réforme ne touche que le rythme du prélèvement mensuel. Le calcul de l'impôt total du foyer, lui, reste identique. C'est une cousine importante de la question plus large de déclaration commune ou séparée, mais ce n'est pas le même sujet.

Impact concret sur vos fiches de paie (avec exemple chiffré : qui paie plus, qui paie moins mensuellement)

Prenons un couple type pour rendre les choses concrètes. Conjoint A gagne 4 000 € brut par mois, conjoint B gagne 2 000 € brut par mois, ils n'ont pas d'enfant à charge. Sous l'ancien régime, l'administration calculait un taux foyer unique d'environ 10 % appliqué aux deux salaires. Résultat : 400 € prélevés sur la fiche de paie de A, 200 € sur celle de B, soit 600 € au total chaque mois.

Avec le taux individualisé, l'administration calcule deux taux distincts à partir des revenus personnels de chacun. Le conjoint A, qui gagne deux fois plus, se voit appliquer un taux supérieur, par exemple environ 13 %. Le conjoint B, dont le revenu seul tomberait dans une tranche fiscale plus basse, se voit appliquer un taux nettement inférieur, par exemple environ 5 %. Concrètement, ce sont à peu près 520 € prélevés chaque mois sur la fiche de paie de A et 100 € sur celle de B, soit toujours 620 € au total — l'écart résiduel s'explique par l'arrondi des taux à la décimale près communiqués par l'administration.

Le total mensuel prélevé sur le couple reste donc quasi-identique à un ou deux euros près. Ce qui change, c'est la répartition : A paie plus chaque mois sur sa propre fiche, B paie moins. Le solde annuel du foyer, lui, est strictement identique au centime : c'est le même impôt total qui est dû à la fin de l'année, simplement étalé différemment entre les conjoints.

L'effet visible est donc surtout celui d'un rééquilibrage. Dans le cas typique évoqué plus haut, le conjoint dont le salaire net mensuel était amputé d'environ 10 % par le taux foyer voit désormais son prélèvement tomber à un niveau plus proche de sa propre tranche d'imposition. Sur l'année, cela ne change ni les ressources réelles du couple ni l'impôt total dû, mais cela modifie sensiblement le revenu disponible mensuel sur chaque fiche de paie prise individuellement. Pour les couples qui mettent en commun l'intégralité de leurs revenus, le changement est largement cosmétique ; pour ceux qui conservent une comptabilité distincte, il est concret.

Taux foyer, taux individualisé, taux non transmis : les 3 options expliquées

Trois taux différents coexistent aujourd'hui dans la mécanique du prélèvement à la source. Il est utile de bien les distinguer pour éviter une erreur fréquente en déclaration de couple, à savoir confondre taux individualisé et répartition réelle de l'impôt.

Le taux foyer est l'option historique. Un pourcentage unique, calculé sur les revenus cumulés du foyer, s'applique de la même façon aux deux conjoints. Depuis septembre 2025, il n'est plus appliqué automatiquement : il faut le demander explicitement via son espace particulier sur impots.gouv.fr. Il convient aux couples qui souhaitent conserver la même logique de prélèvement « foyer » qu'avant la réforme, par exemple parce qu'ils gèrent leur budget de manière strictement commune.

Le taux individualisé est désormais le mode par défaut. Chaque conjoint reçoit un taux calculé à partir de ses seuls revenus personnels, tout en bénéficiant collectivement du quotient familial du foyer. C'est un taux personnel, pas un taux « célibataire » : il intègre la situation de couple et les parts fiscales, mais pondère le prélèvement en fonction de qui gagne quoi. C'est l'option la plus visible dans les couples à revenus inégaux.

Le taux non transmis, aussi appelé taux neutre ou taux par défaut, est un cas à part. Il s'applique quand l'employeur n'a reçu aucun taux de la part de l'administration fiscale, par exemple lors d'une embauche ou pour les revenus qu'on n'a pas souhaité transmettre à son employeur. C'est un barème standard, indépendant de la situation familiale, qui tend à prélever davantage que les deux autres options. La régularisation a lieu au moment de la déclaration annuelle.

Comment revenir au taux foyer si vous le souhaitez (deadline 30 juin)

Si après la bascule automatique de septembre 2025 vous préférez conserver l'ancien fonctionnement, c'est-à-dire un taux unique appliqué uniformément à vos deux salaires, il faut en faire la demande explicite. La démarche est entièrement en ligne et prend quelques minutes.

Connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr, allez dans la rubrique « Gérer mon prélèvement à la source », puis dans « Actualiser suite à une hausse ou une baisse de vos revenus » ou directement « Choisir la modulation de votre taux ». L'option « Taux du foyer » y est explicitement proposée. La validation est immédiate côté espace particulier, mais la prise en compte par votre employeur prend généralement un à deux mois, le temps que la DGFiP transmette le nouveau taux dans le flux DSN.

La demande peut être faite à tout moment, mais elle ne s'applique pleinement qu'à compter du mois suivant le traitement par les employeurs. En pratique, pour bénéficier du taux foyer dès l'automne, il est prudent d'effectuer le changement avant le 30 juin. Vous pouvez aussi revenir au taux individualisé plus tard, l'option est révocable. Notez enfin qu'il s'agit d'un choix purement individuel au sein du couple : il n'a aucun impact sur le calcul de l'impôt final, ni sur le quotient familial, ni sur les éventuels crédits et réductions d'impôt du foyer.

Ce que le taux individualisé ne règle PAS (le solde final reste commun)

C'est le point qui prête le plus à confusion dans les discussions de couple sur la réforme : le taux individualisé ne crée pas deux impôts séparés. Mariés et pacsés restent en imposition commune, ils déclarent ensemble leurs revenus et reçoivent un avis d'imposition unique pour le foyer. Le solde annuel, c'est-à-dire la différence entre l'impôt total dû et le total des acomptes prélevés à la source pendant l'année, reste un solde commun.

Concrètement, si le foyer doit 1 200 € supplémentaires à la régularisation de septembre, ces 1 200 € sont dus par le couple, pas par tel ou tel conjoint. C'est la même chose pour un remboursement : un remboursement éventuel arrive sur un compte qui est le plus souvent celui désigné par le foyer, indépendamment de qui a payé davantage à la source pendant l'année.

C'est précisément à ce moment qu'une question pratique se pose : comment répartir équitablement ce solde, ou plus largement l'impôt total du foyer, entre les deux conjoints ? La réforme du taux individualisé ne répond pas à cette question, pas plus que l'imposition commune en elle-même. La fiscalité française considère le couple comme une seule unité d'imposition, mais elle ne dicte rien sur la façon dont les conjoints s'organisent en interne pour partager la charge.

Plusieurs approches sont possibles : un partage strictement 50/50, un partage au prorata des revenus, ou encore une méthode qui tient compte du bénéfice de l'imposition commune par rapport à deux impositions séparées. Pour comparer ces options en chiffrant ce que paierait chacun, notre calculateur de répartition propose trois méthodes et explique laquelle est la plus équitable selon votre profil de revenus. Le taux individualisé répond à la question « qui paie quoi sur sa fiche de paie chaque mois », il ne répond pas à « qui doit combien sur l'impôt final du foyer ». Ce sont deux questions distinctes, et la seconde reste à la main des conjoints.

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